Je considère que le travail de l'acteur est un travail spirituel, un voyage, une exploration de soi et de l'être humain. C'est fondamental pour l'acteur de bien se connaître car l'acteur est un instrument, et chaque instrument a ses particularités. Tel acteur plutôt visuel ou tel autre plutôt auditif ne pourra pas utiliser la même méthode pour construire son personnage.
Être acteur c'est jouer avec sa mémoire, s'en faire le maître, au delà de l'apprentissage du texte, afin de créer des souvenirs pour le personnage. Comment fonctionne la mémoire, ma mémoire ?
Pour moi, elle marche à partir d'images. Si je pense à un souvenir, je vais d'abord en avoir une image, plus ou moins colorée, claire et grande selon la qualité de mon souvenir. Je constate aussi que la plupart de mes souvenirs sont en dissocié, c'est à dire que cette image est prise d'un point de vue qui n'est pas le mien, souvent d'un peu plus haut, dans un plan d'ensemble de la situation. Si je m'associe ensuite à ce souvenir, j'en aurai une sensation plus forte, plus physique, les émotions seront plus envahissantes.
C'est donc à partir de ce fonctionnement que je dois bâtir les souvenirs de mes personnages. En les visualisant d'abord d'un point de vue dissocié, puis en m'y associant afin d'en ressentir les émotions.
Ce fonctionnement est valable pour les souvenirs du personnage, je pense qu'il est également valable avec les objectifs.
Je construit généralement mes objectifs personnels sous forme d'image, l'image d'un évènement que j'aimerais voir se réaliser, ou l'image de moi-même comme je souhaiterais devenir. Ces images m'accompagnent et me motivent, je sais ce que je veux car j'en ai une vision.
Par ailleurs, il m'arrive de désespérer, et ces images sont alors remplacées par ce que je ne veux pas, des images d'échec, de solitude, de haine...
Je pense qu'il est intéressant de se poser la question de son objectif en ces termes : comment sera ma vie si tout se passe bien ? et comment sera ma vie si tout se passe mal ?
Et à partir de ces deux questions, construire les images qui seront les ressorts de ma motivation. Les images positives qui me donneront le courage, la motivation d'atteindre mon objectif, et les images de l'échec qui me donneront les émotions négatives de peur ou de haine selon l'avancée de la scène et les obstacles rencontrés. Selon les scènes, l'une ou l'autre façon de voir sera privilégiée. Il est évident qu'une scène d'amour fera davantage appel à des images positives tandis qu'une scène de rupture fera appel à des images négatives.
Par ailleurs, l'acteur doit être avant tout physique.
Il faut donc que ces images puissent apparaître pendant la scène. Pour cela, il est indispensable de s'entrainer à évoquer des images en bougeant, et d'observer comment ces images agissent sur notre façon d'agir.
En hypnose, il y a un phénomène que l'on appelle le signaling. Il est souvent utilisé pour dialoguer avec l'inconscient au cours de la séance. Un exemple de ce phénomène est la lévitation de la main. L'hypnotiseur suggère au sujet que sa main va se lever d'elle même et associe ce phénomène à une autre suggestion, par exemple l'entrée dans une transe de plus en plus profonde. La suggestion de la lévitation de la main peut aussi être utilisée en auto-hypnose, c'est à dire que l'on se suggère à soi même la lévitation de la main.
Je pense que c'est intéressant d'utiliser ce phénomène dans l'entrainement de l'acteur, car cela demande de faire confiance à son inconscient pour contrôler les mouvements du corps. C'est ce lâcher prise qui permet la spontanéité des mouvements pendant la scène.
En général, lorsque je fais cet exercice, je me rend compte que ma main ne se lève pas droit, en général elle se met à se lever et à bouger à droite et à gauche. Je sens à quel point il est difficile de lâcher prise pour permettre à mon bras une totale liberté de mouvement et c'est donc un entrainement qui devrait être quotidien.
Autre chose, j'ai remarqué en imitant certaines mimiques de personnes que j'observait qu'en les reproduisant, certaines expression me venaient en pensée. "Le corps et l'esprit ne sont qu'un", c'est une phrase que l'on retrouve souvent dans les ouvrages sur le Zen. Le corps influence l'esprit et l'esprit influence le corps. Les réactions de notre corps influencent nos pensées et nos pensées influencent notre corps.
L'acteur doit donc s'entraîner à laisser son corps exprimer ses émotions. Dans une scène, la première action/réaction doit être physique, qu'il s'agisse d'un grand mouvement de tout le corps ou d'un micro-mouvement du visage, des yeux ou des pupilles. C'est un bon entraînement que de reproduire certains mouvements d'une personne et d'être à l'écoute de ce qu'elle peut penser ou ressentir.
En PNL, on parle de synchronisation pour la capacité qu'ont les être humains à s'accorder sur un même rythme, à faire les mêmes gestes etc... Les fous rires ou les bâillements communicatifs en sont des exemples.
Selon la relation entre les personnes, cette synchronisation est plus ou moins forte. Deux personnes qui se connaissent bien, qui s'aiment et qui ont l'impression de très bien se comprendre sont très synchrones. Tandis que deux personnes qui ne s'entendent pas ne se synchroniseront jamais.
Cette dimension est intéressante à intégrer dans les scènes. Par exemple, une scène de dispute dans laquelle les deux protagonistes adoptent la même position est moins crédible que s'il y a toujours une différence notable dans leur langage corporel. Au contraire, dans une scène de séduction, il vaut mieux que les partenaires dansent ensemble.
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